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La médecine dans le canton de Vaud
La médecine à Lausanne

Résumé historique du développement de la médecine dans le canton de Vaud

Ce qu'était la médecine à cette époque

Vers l'an 1000, la médecine arabe atteignait déjà un niveau élevé. En Europe des clercs élaborent une doctrine de la santé et de la maladie qu'ils incorporent à celle plus générale de l'homme et de la création. Pour l'homme et le chrétien du Moyen Age, la maladie est une "manifestation du mal"; elle est aussi un châtiment qui peut frapper soit des individus, soit des peuples entiers.

La période dite de la médecine monastique (1) durera du VIIe au XIIe siècles et celle de la médecine scolastique (1) du XIIe au XVe siècles. Les premières universités sont créées à Bologne, Paris, Oxford vers 1100, puis a Montpellier, Padoue et en Espagne.

(1) Médecine monastique  : pratiquée par les moines dans et à l'extérieur des couvents
Scolastique  : enseignement philosophique et théologique propre au Moyen Age et basé sur la tradition (textes grecs et arabes)

L'Europe de ce temps a beaucoup de traits communs avec Byzance. Les deux civilisations étaient profondément religieuses et portées par des croyances transcendantales. Le Moyen Age bâtit des couvents, des cathédrales, des châteaux forts et des hôtels de ville.

L'aide aux malades est apportée par la famille et les voisins, soit des laïques, grâce à la médecine populaire, et les moines (appelés à la rescousse) grâce aux vestiges de la science antique conservés par les couvents. Ce savoir, qu'ils ont sauvegardé et transmis permet à ces mêmes couvents d'installer pour leurs moines, ainsi que d'autres malades, des infirmeries où ils sont soignés. Le Haut Moyen Age connaît les "moines-médecins". Au Pays de Vaud, les premières infirmeries apparaissent à Romainmôtier et à Payerne.

La médecine monastique avait l'avantage d'exister et de s'accorder admirablement bien avec la mentalité et le genre de vie de ses patients; de plus, elle n'était pas immobile.

Entre 600 et 1400, des événements décisifs se déroulent sur le plan spirituel. Ils ont nom: miséricorde, idéalisme, métaphysique, arabisme, "accueil", scolastique, philosophie chrétienne. La médecine scolastique ou l'"âge de la chrétienté" coïncide avec l'époque de la construction des cathédrales romanes et gothiques.

Au Moyen Age, oeuvre de l'amour du prochain, l'accueil n'était pas réservé qu'aux malades, mais aussi aux pauvres, aux pèlerins, aux femmes enceintes, aux impotents et aux lépreux. Il en ira de même pour le Haut Moyen Age, encore que les lépreux seront isolés dans des établissements créés pour eux, en dehors des villes (à Vidy-Lausanne : la Maladière).

L'esprit communautaire de l'époque se retrouve dans le fait que tous les malades étaient habituellement couchés dans une même salle, avec une chapelle attenante pour qu'ils puissent suivre les offices de leur lit. En 1130, l'Eglise interdit toute activité médicale aux membres de ses ordres religieux. Les moines restent dans leurs couvents; les premières universités ont certainement favorisé cette évolution; à partir de ce moment, la médecine sera à la fois "ars medica et ars caritative".

Au moment où les infirmeries des couvents renoncent à s'occuper des malades venant du dehors, des hôpitaux commencent à se fonder dans le pays. Ils vont peu à peu se multiplier. Ils seront de trois sortes : destinés aux voyageurs, aux indigents et aux lépreux.

Dans le tardif Moyen Age, les hôpitaux ne seront plus exclusivement des fondations de l'Eglise : princes, riches bourgeois et communes urbaines fournissent des fonds pour en édifier. La série des fondations dues à des particuliers, seigneurs ou notables, s'ouvre vers 1050 : la plus importante sera Villeneuve, par Aymon de Savoie, en 1236.

A Lausanne, l'hôpital de Saint-Jean l'Evangéliste avait été fondé au IXe siècle. Pour la commodité des voyageurs il était, avec sa chapelle, situé hors les murailles, à côté du pont Saint-Jean qui franchissait la Louve. Il relevait, comme d'autres hôpitaux de la région, des religieux du Grand Saint-Bernard. En plus de la maladière réservée aux lépreux, Lausanne disposait d'un lazaret à Saint-Roeh pour les malades atteints de la peste.

Au milieu du XIe siècle, des hôpitaux avaient été fondés à Orbe et à Moudon. Le siècle suivant voit la fondation de ceux de Vevey, Roche et Aigle.

Dès 1275, le chapitre de Lausanne travaille à la création d'un second hôpital, "l'hôpital Notre-Dame", lequel sera dédié à la Vierge Marie; il sera construit entre 1277 et 1279 à la Cité-Dessous (actuel emplacement du Gymnase de la Mercerie).

Doté en 1282 d'un règlement par l'Evêque Guillaume de Champvent, puis agrandi à diverses reprises, il sera reconstruit en 1766 sur le même emplacement; il restera toujours le plus important du Pays de Vaud, et après avoir été racheté à la Ville de Lausanne, est devenu l'Hôpital cantonal de la Mercerie au début du XIXe siècle.

L'Hôpital de l'Evêché : la cité lausannoise compta aux XVIIe et XVIIIe siècles un établissement à vocation nettement plus hospitalière que l'Hôpital Notre-Dame destiné à recevoir les protestants persécutés fuyant la France. Installé dans une partie de la résidence des Evêques abandonnée depuis la Réformation, cet hôpital passait pour être d'avant-garde; après quelques années d'une activité remarquable, les réfugiés français ayant quitté le pays ou ayant été incorporés à la population locale, cet hôpital ne fut plus qu'un simple asile pour les passants, les vieillards et les pauvres.

La Maison-Dieu et l'hospice de Villeneuve

(La fondation de la Maison-Dieu de Villeneuve)

Au début du XIIIe siècle, Thomas I, huitième Comte de la famille de Savoie, décide la création d'une "Villeneuve de Chillon"; mais ce sera son fils, Aymon, seigneur d'Agaune et seigneur du Chablais, qui attachera son nom à la fondation d'une Maison-Dieu.

Par l'acte de donation fait et signé à Chillon le 25 juin 1236, Aymon dote cette institution de biens et de privilèges pour le salut de l'âme de son père, l'illustre Thomas I, ainsi que celui des autres membres de sa famille. L'acte est approuvé par le comte Amédée IV, frère d'Aymon. La liste des donations comprend entre autres :

  • une Maison-Dieu sise à côté des murs de Villeneuve pour l'entretien des pèlerins, des pauvres et aussi des malades
  • le fonds sur lequel est construite la maison ainsi que l'église avec ses dépendances
  • les moulins de Saint-Maurice d'Agaune, les dîmes de Bagnes et de Fully
  • les dîmes d'Aigle, d'Yvorne et de Vouvry
  • la vigne et la terre acquises à Aigle
  • les terres et les prés d'Yvorne
  • l'Alpe d'Ayerne, le bois et la terre de Chambon (Roche)
  • l'échute provenant des biens des pèlerins décédant à Villeneuve, etc.

le tout exempt d'impôt.

L'acte du 25.6.1236, précisait: "nous avons construit, fondé et édifié une Maison-Dieu pour le soutien des pèlerins et des pauvres, et aussi des malades".

25 juin 1986 : manifestation commémorative devant la Maison de Ville (ancienne Maison-Dieu) de Villeneuve, en présence de la Princesse Marie-Gabrielle de Savoie (à gauche, en rose)

Une bulle du pape Innocent IV devait confirmer la fondation de cette Maison-Dieu le 14.5.1246. Le comte de Savoie se réserve le droit de désigner le recteur de l'Hôpital qu'il choisit souvent parmi les chanoines d'Abondance. L'institution hospitalière et religieuse bénéficie d'une générosité continue; elle prend rapidement un essor considérable surtout dû au passage des grands pèlerinages à Rome et à la royale Abbaye de Saint-Maurice d'Aune. Ses terres s'étendent, ses vignes en particulier, et ses revenus s'amplifient.

L'hôpital prit donc rapidement une grande importance. Il y avait parfois jusqu'à cent malades soignés par des médecins et des religieux. La tradition veut que l'on y donnât aux pauvres jusqu'à 600 livres de pain par jour. Vers 1260, d'importants travaux y sont entrepris; un autel spécial avec fenêtre est construit, permettant ainsi aux infirmes d'entendre la messe.

Le total des revenus annuels atteint près de 20'000 francs d'époque et les dépenses sont faibles. Les moulins de Saint-Maurice à eux seuls rapportent 6000 francs. Les dîmes fournissent tous les vivres et matériaux nécessaires, à l'exception des outils et du drap.

Cette situation, plutôt favorable, engagea en 1343 un membre de la famille de Savoie, Jean, chantre de Genève, chanoine de Lausanne et de Belley, à prendre la direction de cet hospice pour consolider sa fortune. En 1375, Amédée VI, le Comte Vert, exaspéré de ce qui se passait à la tête de cet établissement, sollicita l'Abbaye de Saint-Maurice d'en reprendre la direction, puis il décida de lui donner l'hôpital de Villeneuve avec tous ses droits et dépendances, sans s'y réserver aucune autre chose, sauf le patronat. Les recteurs devaient être choisis entre les chanoines de l'Abbaye; cependant les comtes et ducs de Savoie nommèrent presque toujours des étrangers en obligeant les abbés de Saint-Maurice à les recevoir chanoines "pro forma". Il est même arrivé que les chanoines de l'Abbaye soient obligés de payer une certaine redevance annuelle aux recteurs de l'hôpital.

Un siècle plus tard, le système de la commende (2) apparaît à nouveau avec la désignation de Charles de Seyssel comme recteur. Celui-ci devra attendre jusqu'en 1509 pour voir confirmer son élection comme évêque de Genève. Il améliora aussi ses bénéfices avec les revenus de l'hôpital. Le système lui survivra jusqu'à l'arrivée des Bernois.

(2) Commende  : (de commendare "confier") concession d'un bénéfice à un ecclésiastique séculier ou à un laïque

L'hôpital de Villeneuve était un hospice de bienfaisance qui offrait lit et nourriture aux pauvres et surtout aux pèlerins. Au XIIIe siècle, il est fait état de mille cent hôtes quotidiens. La plupart d'entre eux doivent simplement y avoir pris un repas et d'autres y avoir passé la nuit. Ces services étaient gratuits et le recteur de l'hôpital était chargé de répartir les revenus reçus en cours d'année. Cet hôpital, comme tous ceux du Moyen Age, était en quelque sorte un ancêtre des hôpitaux actuels. L'arrivée des Bernois mit fin aux extravagances de certains recteurs. Deux membres seulement du clergé de 1536 acceptèrent la nouvelle loi, les autres s'expatrièrent. Quant aux laïques, ils s'habituèrent au nouveau régime.

Villeneuve : au premier plan, l'Hospice, démoli en 1919, et à l'arrière-plan la Maison-Dieu devenue Maison de Ville



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Dernière modification le 17.11.2003