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La médecine dans le canton de Vaud
La médecine à Lausanne

Résumé historique du développement de la médecine à Lausanne

De 1803 à nos jours

(Du premier hôpital cantonal au CHUV)

A Lausanne, l'Hôpital "Notre-Dame" ou "Grand Hôpital", construit à la Mercerie entre 1277 et 1279, est repris par la ville de Lausanne au XVIe siècle; il subsistera comme hôpital jusqu'à la moitié du XIXe siècle. Bien que restauré, remanié et certainement agrandi à plusieurs reprises, le bâtiment d'origine n'était plus à la hauteur de sa tâche en 1707 et déjà il était question de le rebâtir. Il faut attendre 1735 pour qu'un architecte présente des premiers plans et ce ne sera qu'en 1761 que l'idée de sa reconstruction deviendra réalité. Finalement, en 1766, le projet de l'architecte Rodolphe de Crousaz est retenu. Bien que sa réalisation ne soit pas entièrement terminée, le bâtiment commença à être utilisé dès 1771. Le Conseil d'Etat en fera l'acquisition en 1806 pour en faire l'"Hôpital cantonal".

Lausanne : l'hôpital de la Mercerie (Cabinet iconographique de la BCU, Lausanne)

Ce "premier Hôpital cantonal" sera aménagé en 1810 et il comportera quelque cent lits.

En janvier 1806, l'Hôpital de Villeneuve possédait encore 90'000 francs de l'époque de biens immobiliers. Le 8 mai 1806, le gouvernement vaudois décidait sa suppression, confirmée le 22 par le Grand Conseil, le produit de sa liquidation devant être affecté à la formation d'un capital destiné à la fondation d'un "Hôpital cantonal à Lausanne". Les biens de l'Hôpital de Villeneuve furent donnés à l'Hôpital cantonal et l'Hôpital de Villeneuve cessait toute activité le 1er novembre 1806. La donation d'Aymon de Savoie n'était pour autant pas détournée de son but premier: rendre service aux déshérités.

Le décret du 18 mai 1810 relatif aux "Hospices cantonaux" fait état d'un Hospice cantonal, d'une Maison d'aliénés et d'un établissement pour les incurables.

L'Hospice recevra les personnes atteintes d'une maladie grave dont le traitement est difficile, mais qui laisse un espoir de guérison. La Maison des aliénés recevra quant à elle les aliénés dont l'existence dans leurs familles et dans la société devient pénible et dangereuse, ou qui laissent un espoir probable de guérison, tandis que l'Etablissement pour les incurables hébergera les personnes atteintes de maladies graves non récentes, réputées incurables, et dont la présence devient un objet de dégoût, d'effroi ou même de danger. Ces trois établissements seront situés au Champ de l'Air.

Il y a une seule dotation pour ces trois établissements, laquelle se compose entre autres :

  • des biens de l'Hôpital de Villeneuve (décret du 22.5.1806)
  • du domaine du Champ de l'Air, à l'exception de l'emplacement et des dépendances de la maison de force qui pourrait y être établie
  • du bâtiment de l'Hôpital cantonal (Mercerie), à l'exception d'une partie de ce bâtiment qui pourrait être destinée à un établissement de simple correction et de discipline
  • des legs pies et donations qui seront faits à ces établissements.

Il est de plus précisé: "l'entretien, à l'Hospice cantonal, des malades dont la pauvreté est dûment constatée, est gratuit.".

Le 7.9.1827, la Commune de Villeneuve signe l'acte d'achat à l'Etat de Vaud des bâtiments de l'hospice et de la Maison-Dieu, avec cours et jardins attenants, y compris les objets mobiliers appartenant à l'Hospice de Villeneuve, à l'exception des vases, ustensiles, objets de cave et du pressoir.

A part ses vignes qu'il conservait jalousement et avec fierté, l'Hospice était aussi propriétaire de nombreux terrains. Les pâturages furent vendus. A ce jour, les Hospices cantonaux possèdent encore des vignes à Villeneuve et à Aigle, d'une surface totale de 8,5 ha (5,5 à Villeneuve et 3 à Aigle).

Le bâtiment de l'hospice servit d'école avant d'être démoli en 1919; la Maison- Dieu fut transformée en Maison de Ville par et pour la Commune de Villeneuve.

Le séjour à l'Hôpital cantonal de la Mercerie, comme dans la plupart des hospices de l'époque, était considéré comme honteux, car on y réunissait dans la même enceinte les patients atteints de maladies graves, les aliénés et les détenus. Cette situation subsista jusqu'à la promulgation de la première loi sanitaire vaudoise du 18 mai 1810, qui instituait l'Hospice des aliénés. Celui-ci fut édifié l'année suivante au Champ de l'Air (emplacement de l'actuelle Ecole de médecine). Les détenus ne quittèrent la Mercerie qu'à la mise en service, en 1826, du pénitencier de Béthusy (à l'emplacement de l'actuel Collège secondaire).

Cependant, en 1808 déjà, des projets de transformation ou de reconstruction des bâtiments du Champ de l'Air avaient été élaborés par des architectes, mais finalement aucun ne sera réalisé.

En 1867, décision est prise de transférer l'Hospice des aliénés du Champ de l'Air dans un nouvel hospice à construire au Bois de Cery, propriété acquise en partie avec les fonds propres des Hospices cantonaux et avec le produit de la vente du domaine du Champ de l'Air, le solde étant pris en charge par l'Etat.

La fortune totale des Hospices cantonaux est estimée en 1874 à 3,6 millions de francs.

Le 20 février 1874, le Grand Conseil autorise la construction d'un nouvel hôpital au Champ de l'Air (en fait celui qui deviendra ce que l'on nomme aujourd'hui "l'ancien bâtiment principal de l'Hôpital cantonal", à la Rue du Bugnon) sur le terrain inscrit au nom des Hospices cantonaux, agrandi en 1876 par l'acquisition d'une parcelle voisine dite du " Champ-du-Bugnon ". L'Hôpital de la Mercerie devient propriété de l'Etat et sera transformé en école.

Dans le courant de l'année 1875, les malades de l'Hospice des aliénés quittent le Champ de l'Air pour le nouvel Hôpital de Cery (inauguré en 1873). Les malades de l'ancien Hôpital cantonal de la Mercerie sont alors logés provisoirement, pour huit ans, dans les locaux devenus libres au Champ de l'Air, en attendant le moment de pouvoir emménager dans le "nouvel Hôpital cantonal du Bugnon".

Le nouvel hôpital est inauguré le 19 mars 1883. Il est dû à l'architecte Henri Assinare, nommé Architecte de l'Etat en 1879 (et qui le restera jusqu'en 1899); M. Assinare avait succédé à Viollet-le-Duc, l'architecte-restaurateur de la Cathédrale de Lausanne.

L'hôpital cantonal inauguré en 1883 (Architecte : Henri Assinare)

L'Hôpital cantonal du Bugnon se composait de l'ancien bâtiment principal, du bâtiment dit le "Château", ainsi que de quatre pavillons démolis depuis pour faire place à la Chapelle, à l'Institut d'anatomie pathologique et au bâtiment des laboratoires. Il pouvait recevoir 470 malades.

L'Hôpital cantonal et ses bâtiments annexes à la fin du XIXe siècle. Gravure exécutée à l'occasion de l'Exposition nationale de 1896.

Peu avant la mise en service du nouvel hôpital, les autorités vaudoises décidèrent de faire appel aux diaconesses de l'Institution de Saint-Loup pour soigner les malades aux côtés du personnel laïc.

Le 15 mai 1884, le Grand Conseil adopte un décret transférant aux Hospices cantonaux la propriété de "l'asile du Bois de Cery avec toutes ses dépendances (env. 35 ha) et de l'hôpital cantonal (env. 4 ha)".

Un talentueux chirurgien faisait son entrée en 1887 dans l'hôpital tout neuf: César-Roux.

Jusqu'en 1889, toute donation ou leg entre directement dans le patrimoine des Hospices cantonaux.

Longtemps avant la création de sa Faculté de médecine, le Pays de Vaud a eu des médecins de grand renom. A l'Académie (fondée à l'époque bernoise), une chaire de médecine fut occasionnellement établie pour l'un ou l'autre des praticiens vaudois. La loi de 1806 créa une chaire de médecine et une de chirurgie, mais qui ne furent pas occupées. L'organisation fédérale des études de médecine, en 1877, amena le gouvernement vaudois à instituer à Lausanne des cours permettant aux étudiants d'y faire leurs études précliniques.

En 1890, l'Académie était élevée au rang d'Université; elle comportait aussi une Faculté de médecine complète. L'hôpital dut alors s'adapter à l'enseignement universitaire, aménager un auditoire pour les étudiants et admettre ceux-ci au chevet des malades.

Au fil des ans, l'Hôpital cantonal s'est constamment agrandi et modernisé pour répondre aux besoins de la population et au gré de l'apparition de nouvelles techniques médicales et de soins. D'autres bâtiments vinrent s'ajouter au complexe existant:

1916 Maternité et Clinique infantile
1932 Hôpital Sandoz (démoli en 1980 pour faire place à l'entrée principale du nouveau bâtiment hospitalier)
1933 Pavillons d'isolement
Pavillon Bourget (démoli dans les années 70)
1935 Hôpital Nestlé (agrandi vers 1960)
1942 Institut d'anatomie pathologique
1947 Pavillon chirurgical

La majeure partie de ces bâtiments a été construite par l'Etat sur des parcelles appartenant aux Hospices cantonaux.

Après plus de 60 années passées à l 'Hôpital cantonal, les diaconesses de l'Institution de Saint-Loup cessèrent en 1956 leur activité dans cet établissement.

Dans les années cinquante, le Grand Conseil adopte des décrets relatifs à l'agrandissement de la Maternité et de l'Hôpital Nestlé, mais restait posé le problème du manque de lits de chirurgie. Les bâtiments de l'Hôpital cantonal situés sur la rive Ouest de la rue du Bugnon ne pouvaient plus en effet être agrandis. L'évolution de la médecine et de ses techniques, des soins aux malades et des méthodes d'enseignement, était telle que l'étude d'un nouveau complexe hospitalier (et plus précisément d'une nouvelle "Cité hospitalière" regroupant l'ensemble des services) s'avérait indispensable.

Bâtiments faisant partie de l'Hôpital cantonal vers 1960. A droite en bas, le terrain sur lequel sera construit le bâtiment hospitalier du CHUV.

Après avoir envisagé diverses solutions quant à l'emplacement sur lequel devait être construite la nouvelle "Cité hospitalière", le choix se porta sur l'emplacement du CHUV actuel dans le quartier. Des gros investissements avaient été consentis pour la Maternité et l'Hôpital Nestlé entre autres, si bien qu'il ne pouvait être question d'abandonner ces bâtiments. Par chance, un grand terrain appartenant à la Station fédérale de recherches agronomiques, et servant aux cultures, restait libre de toute construction à proximité et des tractations furent entreprises pour le racheter à la Confédération.

Afin d'assurer le libre développement de la "Cité hospitalière", le Conseil d'Etat fit établir par le Département des travaux publics, en 1961, un plan d'extension englobant tout le secteur dénommé "zone des hôpitaux". Ce plan, qui a force de loi, réserve toute cette zone "exclusivement à la construction d'établissements hospitaliers d'intérêt public".

Des regroupements parcellaires ayant été faits, aujourd'hui les Hospices cantonaux possèdent quatre parcelles sur lesquelles est construite une partie du Centre hospitalier universitaire vaudois, l'autre partie étant bâtie sur des parcelles propriété de l'Etat de Vaud.

Un groupe d'architectes lausannois avait été chargé d'élaborer des plans et, le 18 mai 1971, eut lieu la pose de la première pierre du nouveau bâtiment de la "Cité hospitalière", devenue par la suite "Cité hospitalière vaudoise" puis "Centre hospitalier universitaire vaudois". Les travaux de construction du nouveau "Bâtiment hospitalier" durèrent une douzaine d'années. Mis partiellement en exploitation dès 1980, le nouveau Bâtiment hospitalier fut inauguré en 1982 et totalement mis en exploitation en 1983, soit exactement un siècle après l'inauguration de l'ancien "Hôpital cantonal du Bugnon".

Le nouveau Bâtiment hospitalier du CHUV, avec à gauche l'ancien hôpital cantonal, et à droite la Maternité

Les projets de construction tant de l'ancien "Hôpital cantonal du Bugnon" que de celle du "CHUV" n'ont pas manqué de susciter des polémiques à chacune des époques concernées.

Et pourtant en 1883 déjà, un député déclarait: "En quelques années, notre canton a pu être doté d'un établissement remarquable qui peut être considéré comme le couronnement des grandes constructions auxquelles la génération actuelle a voulu concourir et qui restera comme une gloire pour elle." Le Conseil d'Etat, dans son compte rendu annuel, ajoutait: "Un pays qui s'impose de lourds sacrifices pour venir en aide à l 'humanité souffrante s'honore à un haut degré; lorsque ces sacrifices sont faits, et faits joyeusement, comme c'est le cas chez nous pour des choses de ce genre, il ne faut pas gâter son oeuvre en la regrettant."

Ces propos, tenus cent ans plus tôt, sont restés parfaitement d'actualité au moment de l'inauguration du nouveau "Bâtiment hospitalier" du CHUV en 1982. Le vœu fait par Aymon de Savoie en 1236 de secourir son prochain en fondant la Maison-Dieu et l'Hôpital de Villeneuve a conservé la pérennité souhaitée, même si les formes ont changé à travers les siècles et que l'assistance aux malades a évolué.

Grâce à ces donations datant du XIIIe siècle -outre le fait qu'elles ont permis au siècle passé au nouveau canton d'avoir son "hôpital cantonal à Lausanne" devenu le " Centre Hospitalier Universitaire Vaudois " actuel,- les Hospices cantonaux vaudois possèdent encore aujourd'hui, en plus des terrains sur lesquels sont construits une partie des bâtiments du CHUV à Lausanne et l'Hôpital psychiatrique de Cery à Prilly, des vignes à Aigle et à Villeneuve dont les vins blancs et rouges sont fort renommés et appréciés.



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Dernière modification le 17.02.2004